éditorial

285

n°285 avril 2018

De gallica bello

Quelque vingt siècles après la guerre des Gaules, nous vivons dans le funéraire une ambiance ressemblant à la situation décrite par César. Stratège émérite, ce dernier était également un remarquable écrivain consignant chaque soir les évènements et ses pensées du jour. Par lui il nous est possible de reconnaître le fil de pensée qui nous relie à nos ancêtres gaulois, lesquels étaient très divisés quant à l’attitude à réserver face à la poussée d’influence des Romains.

De fait, la Gaule était composée de tribus indépendantes mais partageant  une langue, une culture et des intérêts communs. Certaines étaient plutôt pour la solution de se placer sous protection romaine avec avantages commerciaux à la clé, d’autres ont choisi à un moment d’en découdre avec un envahisseur jugé intrusif et abusif.

Comparez ensuite civilisation gauloise et culture de filière funéraire, poussée des contrats obsèques et montée en puissance des légions sur notre sol et voilà désormais planté le décor de la situation actuelle.

Pour la révolte gauloise, tout a commencé par une réunion dans la forêt des Carnutes, non loin du Mans où se sont rassemblés ce mois d’avril les premiers opérateurs funéraires ralliés à la cause d’un nouveau réseau : le GOFI. Nous relatons dans ce numéro la teneur de cette réunion fondatrice (voir page 30).

20 siècles plutôt, un certain Vercingétorix, neveu du Vergobret (magistrat suprême nommé par les Druides), s’est engagé dans la réunion forestière près du Mans à rallier à la cause insurrectionnelle sa nation Arverne. La suite de l’affaire est connue : les Arvernes et presque tous les Gaulois l’ont ensuite suivi. La fameuse victoire de Gergovie fut symbolique mais pas décisive.

L’analyse d’Alésia est en revanche plus instructive vis-à-vis du GOFI car l’enfermement puis l’encerclement de l’armée gauloise dans l’oppidum résulte essentiellement du fait que trop confiant dans l’avantage numérique des siens, Vercingétorix a cru pouvoir mener en plaine des guerriers gaulois avec la discipline qui était celle de légionnaires prêts à mourir pour leur Imperator.

Je vous fais grâce des comparaisons qui pourraient être faites entre les tribus de jadis et la localisation des forces commerciales funéraires actuelles sur notre territoire. La seule question qui vaille réellement d’être soulevée consiste à se demander : quelle est la vocation et l’identité de chaque opérateur ?

Si Vercingétorix ne s’était pas pris pour un chef de légions, l’histoire aurait été toute différente.

Si les PME se prennent pour un groupe structuré, alors il faut craindre qu’elles soient un jour assiégées dans un Alésia du funéraire.

La base de compréhension d’un contrat obsèques est très simple : quelqu’un vient un jour confier de l’argent pour qu’en toute confiance ses funérailles soient financées. Cette mission est supérieure à un engagement commercial, elle relève du domaine le plus intime et le plus sacré. Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que l’engagement financier se traduise par l’exécution d’une mission dont la surveillance relève d’une compétence située au-dessus de tout soupçon. Autrement dit, il ne faut pas que la main qui donne soit aussi celle qui reçoit. Un tel principe se conçoit bien avec le médecin qui ne peut pas être pharmacien. Appliquons-le au funéraire.

L’organisme financier ne doit pas être opérateur funéraire, c’est une première évidence.

La même volonté de transparence impose que l’opérateur funéraire organisant les funérailles ne soit pas aussi celui qui est censé le surveiller, directement ou indirectement par complicité d’un tiers.

Enfin, la main qui donne ne doit pas être celle qui reçoit par voie d’intéressements, commissionnements, etc, situation qui met conjointement en cause l’assureur qui donne, l’organisateur qui reçoit et rétrocède, en retour et parfois dans l’opacité, soit à la plateforme d’assistance, soit à l’assureur par voie détournée (prestations gratuites, gestion non rémunérée, participation aux frais commerciaux, etc).

La conclusion de ce jour, c’est Jean-Pierre Sueur qui l’a donnée sur France Inter : 90 % des contrats obsèques, selon lui, seraient illégaux. Et depuis des années, j’affirme de mon côté que l’article L 2223-33 du CGCT interdit toute prise d’intérêt funéraire débordant le périmètre d’une simple opération financière. La solution technique est simple : le contrat obsèques similaire au chèque restaurant et la liberté de choix de l’opérateur laissée aux familles, sans autre rémunération d’assistance que celle payée librement et consciemment par le souscripteur lui-même.

Dura lex sed Lex…

0,00 € TTC

Agrandir l'image

Contacter la rédaction au téléphone 04 72 24 89 33 et par mail à info@pierreactual.com