éditorial

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n°283 février 2018

Valeurs à ressusciter…

Pendant très longtemps, même jeunes adultes, nous pensons que malgré les problèmes inévitables de la vie, une féérie comme celle de Noël prend finalement le dessus. Nous pensons que la vie est réglée par une sagesse supervisant la marche du monde.

Puis un jour, nous sommes confrontés à la mort d’un très proche, précisément quelqu’un avec qui nous avons vécu des moments privilégiés de joie simple et sincère. Ce peut être un père, une mère, hélas un enfant, ou un frère ou une sœur avec qui des affinités profondes existaient.

A partir de ce décès, la vie n’a plus le même goût, elle ne peut plus nous enchanter comme avant, même si le travail du deuil s’est accompli au fil des ans.

Autrement dit, la joie n’arrive plus spontanément, la féérie perd de son brillant. L’endeuillé la laisse sur le chemin d’une enfance perdue.

Dans l’accueil d’une famille pour organiser des funérailles, le professionnel doit être conscient de ce désenchantement rongeant l’endeuillé. Quand les proches disent parfois du professionnel : «On aurait dit qu’il fait froidement son travail, qu’il s’en fiche de ce qui nous arrive», ces derniers ne reprochent pas une distance par rapport à l’événement (chacun sait que le professionnel n’est pas dans l’histoire familiale mais ne fait que l’accompagner). Comprenons plutôt que le conseiller funéraire ne sait pas dans ce cas apporter la «magie» relationnelle qui est tant attendue dans ces moments douloureux. C’est l’enfant qui reste au fond de chacun d’entre nous qui a précisément besoin d’un plus d’humanité au moment du grand froid intérieur provoqué par la mort d’un être cher : «apportez moi de l’écoute, soyez la bonne surprise dans ce monde catastrophique, que je ne reconnais soudainement plus…».

Hélas, l’endeuillé ne trouve plus beaucoup autour de lui de points d’accroche lors de sa descente dans l’angoisse. Les Eglises se sont distanciées d’elles mêmes de l’Occidental confronté à la mort. Le discours religieux n’a pas évolué pour répondre aux questions de la plupart d’entre nous, probablement parce que les clercs eux-mêmes ne recherchent pas ou plus la clé qui mène à l’illumination. Sous-estimer l’importance éducatrice des funérailles traduit alors une carence grave dans la vie spirituelle et donc aussi dans l’accomplissement d’une mission pastorale en phase avec la compréhension du commun des mortels.

Dans ce contexte, le professionnel funéraire est de plus en plus isolé pour soutenir les familles et quand il s’y investit, c’est souvent maladroitement en copiant des postures face à la mort. Les familles feraient-elles d’ailleurs mieux dans la plupart des cas ?

On jacasse alors en cérémonie, pour raconter et toujours raconter, et faire pleurer…

Trop rares à mon goût sont les funérailles contenant des explications, des actions et des résolutions. C’est pourtant de cela dont nous avons tous besoin devant la mort.

Se rappeler, pleurer, certes c’est nécessaire, mais c’est aussi très largement insuffisant.

Il faut donc approfondir le niveau moyen de dialogue avec les familles pour qu’elles sachent discerner le contenu crédible d’une cérémonie en s’interrogeant à ce propos pendant les jours qui précèdent le convoi. L’objectif n’est pas de «cirer une dernière fois les pompes du mort» mais plutôt d’exprimer après lui le sens de tous ses efforts et de toutes ses convictions.

C’est grâce à cela que le gris du deuil cède la place à la lumière de la trace laissée par celui qui est parti. S’engager demain en prenant en compte ce chemin parcouru par le défunt, sans l’imiter mais sans l’oublier, c’est rendre possible les retrouvailles avec la joie perdue, différente cette fois-ci. Ce n’est plus la joie infantile d’hier mais celle de l’adulte engagé dans l’action résolue. Si le funéraire en Occident s’avère capable de faciliter cette mutation dans le vécu du deuil, alors il participera à l’aptitude de nos vieilles sociétés à répondre aux grands et terribles défis qui pointent à l’horizon…

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