editorial

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n°280 octobre 2017

Le devoir d’inventer

Il m’arrive hélas trop souvent d’assister à des prestations de cérémonial qui en font trop ou pas assez. Le plus dur en la matière est de trouver le juste milieu qui classiquement se résume de mémoire par quatre «S» : simplicité, sobriété, solennité et sincérité.

Il faut que les actes composant un rite soient simples car une cérémonie ne doit pas se transformer en exercice savant, technologie aidant parfois. Au contraire, la composition d’un rite doit répondre au sens commun, aux valeurs partagées et s’adresser intelligemment à la sensibilité de toutes les générations qui participent au dernier hommage, jeunes et vieux unis en la circonstance pour éprouver la même chose au même moment. C’est si rare comme circonstance qu’il faut la soigner tout particulièrement.

A ce titre, la cérémonie se compose d’actes solennels, c’est-à-dire qui ont du poids dans l’esprit de ceux qui y participent, sur le moment bien sûr, mais aussi du poids dans la mémoire que chacun gardera de ce qu’il a vécu et pensé lors de l’hommage.

Pour avoir ce poids, que le convoi ait un caractère religieux ou civil peu importe, il faut que les concepts exprimés ou les gestes effectués soient simples sans être indigents.

Simplicité rime alors avec limpidité puisque non seulement ces éléments doivent être mis en œuvre mais de surcroît, ils doivent être compris parfaitement et véhiculer sans ambiguïté l’intention de leurs auteurs.

La simplicité renvoie donc aussi à la notion de sincérité car l’intention dans la parole et le geste exige d’être naturellement autorisée pour celui ou celle qui en est l’auteur.

D’où cette notion de sincérité qui ne peut se départir du rôle naturel dont est investi chacun.

Est-ce que la famille touchée par un deuil accorde un rôle «naturel» à l’officiant, religieux ou non, au maître de cérémonie, aux porteurs, au personnel de cimetière ou au personnel de crématorium ? Jusqu’où tous ceux-ci peuvent ils aller pour faire quoi au juste ?

Laissons les gants blancs en la circonstance, n’allons surtout pas jusqu’à la larme hypocrite du croquemort, ne nous empressons pas de récupérer l’étole du prêtre en voie de disparition avancée mais tentons d’accompagner l’évolution des funérailles en leur garantissant les quatre «S» qui s’imposent à chaque étape d’un convoi.

Or il y en a une dans laquelle pointe souvent une urgence : celle de la remise des cendres au crématorium. Il ne faut pas que celle-ci puisse se comparer au retrait d’une marchandise au magasin de bricolage, ticket de caisse en main comparé ici avec le pouvoir attestant la qualité de réceptionnaire des cendres. Regardons plutôt la responsabilité que prend le cimetière en recevant l’inhumation d’un corps et tentons enfin d’apporter une garantie équivalente dans les pratiques nouvelles découlant de la crémation.

La personne qui réceptionne l’urne endosse une responsabilité morale identique à celle du maire dans son cimetière, quand bien même les cendres n’équivalent pas à un corps humain.

Il nous faut donc penser la solennité du moment en lui donnant une trace et des témoins.

Si je revenais dans le funéraire en travaillant dans un crématorium, je créerais alors un registre de l’alliance sur lequel le réceptionnaire de l’urne s’engagerait personnellement sur le plan moral quant à la destination des cendres et des témoins signeraient aussi ce document pour lui donner une valeur forte et irréfutable. La remise de l’urne serait donc conjuguée au rappel des principes réglementaires et moraux concernant la destination des cendres et la signature du registre de l’alliance s’effectuerait au même moment et au même endroit.

Quant à la sincérité demandée au professionnel funéraire, elle se conjugue avec la simplicité et la sobriété d’une transmission de responsabilité à l’égard des cendres, dans le droit fil du respect de la personne humaine partout et constamment au sein du crématorium.

C’est si simple, si sobre et si sincère que c’est tout ce que les familles attendent le plus solennellement possible des prestations en de telles circonstances…

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