Hygeco écrit au Ministre de la santé

Monsieur le Ministre,

Les soins de thanatopraxie, (ou selon l’appellation réglementaire, « soins de conservation » cf. articles R.2213-2-2 à R.2213-4 du Code général des collectivités territoriales) recouvrent un ensemble de gestes mis en œuvre sur le corps d’une personne défunte en vue de nettoyer le corps ; de retarder les phénomènes de la thanatomorphose ; de remédier à l’apparition de certaines manifestations post-mortem ; de restaurer, si nécessaire, l’intégrité du corps suite à différents « traumatismes » (mort accidentelle, mort violente, autopsie ...) et au final d’habiller et coiffer le défunt pour qu’il puisse recevoir la visite de ses proches et amis.

Ils représentent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’opérations par an en France soit plus de 50% des décès.

Compte tenu de la situation sanitaire sans précédent et si dans l’urgence, et par principe de précaution, l’interdiction des soins sur des défunts atteints de COVID-19 pourraient être comprises, cette décision l’est moins sur les autres défunts.

 Pour rappel, les soins de thanatopraxie, dit aussi soins somatiques ou de conservation, jouent un rôle absolument primordial dans la sécurisation des dépouilles qui nous sont confiées. Les thanatopracteurs ont toujours eu cette mission liée à la santé publique :

 Sécuriser les morts pour permettre aux vivants de venir les honorer en toute sécurité.

 Il est utile de comprendre la légitimité des soins de thanatopraxie :

  • Rôle de santé publique auprès des populations :

Il s’agit de permettre à des familles de pouvoir se recueillir auprès de leurs défunts sans qu’ils puissent courir de risques pour leur santé. Les produits d’injection utilisés par les thanatopracteurs permettent d’atteindre cet objectif.

  • Respect des dernières volontés des défunts :

Ces soins, souvent choisis lors de la prescription de contrats obsèques, permettent le respect des dernières volontés de ceux qui souhaitent quitter ce monde de façon décente, et en permettant à nos spécialistes de s’occuper une dernière fois de ce corps que le défunt à entretenu durant toute sa vie. Beaucoup de personnes âgées souhaitent être présentables devant les membres de la famille qui viendront les veiller.

  • Facilitation du processus de deuil :

Les soins de thanatopraxie, soulagent les familles. La formation en psychosociologie du deuil des thanatopracteurs, permet un accompagnement de personnes endeuillées de façon adaptée à chaque décès. L’activité de soins expurge le coté traumatisant de certaines situation liées aux circonstances du décès. «Perception de repos du défunt»

L’interdiction, systématisée sur tous les corps, entraine des situations particulièrement ravageuses, non seulement pour les familles, mais aussi pour toutes les entreprises du funéraires, qu’elles disposent ou non de thanatopracteurs.

Le rôle de tout thanatopracteur est de combattre et de détruire chaque jour, les bactéries, les virus et les champignons présents dans, et sur le corps de personnes décédées. L’injection de produits à base de conservateur dans le système artériel répond à de nombreuses normes, notamment celle du Haut Conseil de la Santé Publique et définies par les normes européennes (NF EN 1040, NF EN 1276, NF EN 1500, NF EN 1656).

Cela reste une mission majeure de santé publique.

Aussi, et en partant du principe que tous les thanatopracteurs portent leurs EPI (Equipement de Protection Individuel), qu’ils sont tous formés à des pratiques pointues, et qu’ils sont tous sensibilisés aux risques liés à la manipulation de cadavre (Le diplôme national et le passage au journal officiel en attestant), chacun de ces professionnels à la possibilité d’apporter son savoir-faire à la population.

Prendre la décision d’écarter un des outils les plus probant de sécurisation des cadavres sur une période pandémique nous interroge sur la pertinence de cette initiative. Cette décision n’est pas comprise de ceux qui travaillent chaque jour à lutter contre des maladies potentiellement mortelles. La dernière en date était le SIDA, où les soins ont été autorisés sur les corps de personnes décédées de cette maladie mortelle. Nous faisons remarquer que les thanatopracteurs œuvrent quotidiennement dans un environnement où les dangers sont parfaitement connus. Les corps étant systématiquement considérés par les professionnels comme potentiellement pathogènes, ces derniers réalisent l’ensemble des gestes barrières et sont équipés en conséquence pour satisfaire à leurs missions.

Les soins de conservation pourraient neutraliser les risques et permettre les mises en bière de façon sécurisée, et de faire procéder à des transports funéraires dans des conditions optimales. N’oublions pas également l’impact psychologique des personnels funéraires à chaque fois que ces professionnels sont envoyés pour effectuer ces mises en bière.

Nous vous rappelons également que les Thanatopracteurs sont sollicités pour le retrait des stimulateurs cardiaques dans tous les cas de décès (COVID-19 ou non).

Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’écarter les soins de thanatopraxie en période de COVID-19 restent pour nous un parfait non-sens, car supprimer un vecteur de sécurisation des dépouilles mortelles reste antagoniste à une solution contrecarrant la pandémie.

Afin de limiter une dégradation déjà constatée par toutes et tous, nous vous demandons de bien vouloir urgemment réviser votre position sur l’interdiction systématique des soins de thanatopraxie, en encourageant, bien au contraire, la pratique de ce type d’opération pour lutter contre la pandémie du COVID-19

A savoir lever l’interdiction des soins de thanatopraxie.

 

Carmen De Oliveira                                                                         Olivier Zaniol

Directrice HPMA                                                                            Président du Groupe HYGECO


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