Interdiction du GNR : le SNROC se mobilise pour éviter un choc de compétitivité avec les produits importés

Le SNROC vient d’écrire à six ministres dont Eduard Philippe et Bruno Le Maire pour les alerter sur les risques de cataclysme que pourrait entrainer très rapidement le projet du gouvernement d’interdire dès le 1er janvier 2019 l’utilisation du GNR (Gazole Non Routier) pour les engins de chantiers et de transformation.
La mesure qui va se traduire par une hausse de près de 60 centimes par litre de carburant va immédiatement entrainer une augmentation des coûts de production des pierres naturelles françaises de l’ordre de 4 à 8% selon les matériaux et les produits qui va venir s’ajouter à un différentiel de prix en faveur des produits importés de déjà 10 à 15 %.
Cette augmentation de la compétitivité des importations de l’ordre de 50% va entrainer la disparition des marges déjà très faibles des entreprises françaises, la défaillance de de bon nombre d’entre-elles , la casse des emplois, l’aggravation de notre balance commerciale ainsi qu’une augmentation de la production de Co2 liée au transport des produits importés.
A terme c’est le patrimoine bâti qui fait la fierté de notre pays et participe à son attractivité internationale qui risque de souffrir de la pénurie des matériaux d’origine.

Il est donc urgent de nous mobiliser partout en France pour sauver notre patrimoine, notre environnement et nos emplois. N’hésitez pas à relayer ce courrier et cette action auprès de vos députés et de tous vos élus.


Monsieur le ministre

Le Syndicat national des industries de roches ornementales et de construction est une organisation professionnelle représentative des activités d’extraction et de transformation des pierres naturelles comme le granit, le calcaire ou encore le marbre.
Depuis 2007, notre activité, frappée de plein fouet par la crise économique et soumise à une concurrence internationale particulièrement vive, a perdu plus d’un tiers de son chiffre d’affaires et la moitié de ses effectifs salariés, entrainant la disparition de nombreuses entreprises et laissant le reste des opérateurs nationaux dans un état d’extrême fragilité.
Cette dégradation s’est faite au seul profit des produits d’importations dont la part dans le marché national est passée, sur la même période, de 36 à 48% soit une augmentation de 33%.
Dans ce contexte déjà extrêmement tendu, votre volonté, exprimée dans le projet de loi de finances 2019, d’interdire, dès le 1er janvier 2019, l’utilisation du GNR pour nos engins de chantiers va, par sa soudaineté et son ampleur, avoir des conséquences désastreuses sur nos entreprises et nos emplois.
En effet et au-delà de l’impact négatif de cette mesure sur l’ensemble des activités extractives qui a déjà fait l’objet d’un précédent courrier de la part Nicolas Vuillier, président de l’UNICEM, et auquel nous adhérons totalement, notre profession présente une particularité qui va hélas démultiplier l’effet néfaste de votre mesure sur nos entreprises.
Contrairement à la plupart des secteurs d’activités frappés par cette interdiction qui opèrent essentiellement sur le marché national, nos entreprises sont soumises à une concurrence internationale extrêmement vive de pays qui bénéficient de conditions particulièrement favorables qui leur permettent de proposer des produits à des prix inférieurs, selon les matériaux et les produits, de 10 à 15% à ceux des produits nationaux.

Au-delà de l’impact environnemental évident de ces importations notamment en termes de production de Co2 liée à leur transport qui semble pourtant être la principale motivation du gouvernement dans cette affaire, l’interdiction du GNR pour nos engins va entrainer une augmentation de nos coûts de production de l’ordre de 4 à 8% qui va immédiatement peser sur nos charges, faire disparaître des marges déjà extrêmement faibles et placer nos entreprises directement dans le rouge.
Elle va surtout accroître de 50% l’avantage coûts des produits importés et grever d’autant notre compétitivité future.
Nos entreprises, dont la taille est extrêmement réduite ne peuvent pas absorber un tel surcoût. Elles vont donc souffrir et disparaître pour bon nombre d’entre elles, entrainant la suppression de nombreux emplois le plus souvent dans des zones rurales déjà durement touchées par la désertification et la désindustrialisation.
Mais à long terme c’est la France toute entière qui risque de pâtir de cette mesure. En effet notre activité participe à la valorisation de notre cadre de vie et à l’entretien du patrimoine bâti qui font la fierté de notre pays et contribue ainsi largement à son attractivité internationale qui s’est concrétisée en 2017 par la visite de 90 millions de touristes. Qu’en sera-t-il demain si nous n’avons plus les matériaux pour restaurer nos châteaux, nos églises et nos musées ?
C’est pourquoi nous vous demandons aujourd’hui, de sauver notre patrimoine, de défendre l’environnement, de ne pas alourdir notre balance commerciale et de sauvegarder la pérennité de nos activités en permettant aux entreprises d’extraction et de transformation de pierres naturelles de continuer à utiliser le GNR dans les mêmes conditions que celles retenues dans l’article 19 du PLF 2019 pour les agriculteurs avec lesquels nous partageons d’ailleurs de nombreuses caractéristiques.
Cette mesure se justifie pleinement si on examine, compte tenu du nombre restreint d’entreprises du secteur, la pertinence réelle d’une taxe dont le coût social et économique pourrait s’avérer beaucoup plus élevé que le bénéfice qu’elle pourrait rapporter au budget de l’état.
Certain que vous êtes sensible à nos préoccupations et que vous avez à cœur de défendre les entreprises et les emplois français, je souhaite pouvoir vous rencontrer au plus vite accompagné d’acteurs de terrain dont le témoignage sera, à mon sens, particulièrement utile pour mesurer à la fois le désarroi et la détermination de notre profession.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre, l’expression de ma très haute considération.


Le président
Sylvain Laval